MALEBESTE – Monestherou 

Chronique de François Kärlek

La rencontre avec un album est un évènement marquant. Et je me souviens systématiquement de ce que je faisais, où et quand, à la découverte d’une nouvelle œuvre.  Vobiscum Satanas acheté à la Fnac de marseille (j’avais avalé un bout du blister impatient que j’étais de découvrir l’intérieur du digipack), Spiritual Black Dimensions commandé chez Adipocere m’obligeant à guetter le facteur comme le messie, plus récemment un album offert avec un mot sympathique personnalisé… chacun a son contexte et anecdotes.  

Bref, j’ai découvert Malebeste grâce à un lien d’écoute, et comme j’étais impatient c’était sur mon téléphone, à l’arrache, tout en coupant du bois dans mon jardin, en proie à un froid hivernal mais sous un ciel clément.

Ce type d’écoute ne pardonne pas… si l’attention n’est pas saisie, l’album passe comme une musique de fond et zou ! on passe à autre chose. C’est tout le problème de nos outils modernes qui ne nous obligent plus à nous caler religieusement devant nos chaînes Hifi.

Sauf qu’ici, téléphone ou pas, mon esprit a été happé dès les premières minutes. Même si l’opus mérite évidemment une écoute attentive au casque (j’ai rattrapé le coup ensuite), j’ai adoré découvrir cet album en extérieur, en pratiquant une activité manuelle, car cet album est à la fois très rural ET artisanal.

Rural par les thèmes abordés. Malebeste signifie « mauvaise bête », en référence à un conte du folklore vendéen, et le groupe axe ses paroles sur l’histoire et les légendes qui l’entourent : Angoulème, la Charente, et les départements voisins. Les morceaux de l’album, dont l’intro « Aigre Vinasse et Chaude Populace » pose le ton, sentent bon le terroir et la sueur.

Artisanal car la pochette est un superbe dessin fait main : une sorte d’Ankou fuyant un village en feu sur une bête sauvage, et parce que chaque compo sent la passion du travail bien fait, du labeur collectif pour aboutir au meilleur des résultats.

Malebeste sonne très proche guitaristiquement de la scène mélodique suédoise : Dissection, Naglfar, Sacramentum, ont certainement biberonné nos Angoumoisins car on retrouve ce principe de riffs accrocheurs, très harmonisés, que j’adore par-dessus tout.

Cependant ils ont eu l’excellente idée de proposer un chant intégralement en français ce qui donne une coloration toute personnelle aux compositions. D’autre part le jeu de batterie est très habité et remarquablement mis en avant dans le mix, avec une énergie qui déborde du cadre « black metal » : très rock sur « Palefroi du Diable», presque progressif sur « Chasse Gallery ». 

Les références sont parfaitement digérées et intégrées à la sauce Malebeste par chaque musicien qui, loin d’un plagiat des anciens, impose sa vision d’un métal moderne et typiquement français dans son approche. 

L’imagerie donnerait envie de les classer en médiéval mais, malgré leur signature chez Antiq, on n’est pas chez Vehemence ou Grylle, mais plutôt du côté d’Initiation avec un Black-Death de grande classe, foisonnant et joué au cordeau.  Je ne cite pas Initiation par hasard car leur « Noir Berger », sorti l’an dernier chez l’Ordalie Noire, a fini dans mon top 5 de 2025 et qu’il en sera de même de Malebeste en 2026.

Pourquoi cette certitude ? Parce que l’essence de cet album me parle. Il est envoûtant, prenant, et alterne le chaud et le froid pour proposer ce qui peut se faire de mieux dans ce style. Le contraste est mon moteur pour apprécier un album et Malebeste le maîtrise avec brio.

Un morceau tel que Monestherou l’illustre parfaitement, avec son démarrage mélancolique et son final enivrant et épique, porté par la basse (« sus aux renégats », « mort aux mécréants »).  Idem avec « Flamme Noire de l’Espoir » au démarrage inquiétant, puis un break forestier très darkthronien suivi de riffs scandinaves puis orientaux (oui oui !).

L’album ménage moult surprises de ce type, combinant des ambiances très variées, mélodiquement et rythmiquement, tout en gardant en toile de fond un touché de guitare ultra reconnaissable.  

A ce titre tout le passage central de « Palefroi du Diable» (les riffs aigüs et ce « libère-moi » martial), le break pachydermique de « Hautefaye 1870 » (avec une basse redoutable), le final rebondissant de « Chasse Gallery », le démarrage en trombe de « Puits d’Enfer » ou encore le break acoustique de « Milouziena » me semblent parfaitement illustrer l’identité du groupe à travers ce qu’il peut nous proposer de mieux.

Remarquable de maîtrise et passionnant de A à Z, Monestherou est un premier essai incroyablement réussi pour un groupe qui n’a, je pense, pas fini de faire parler de lui.

D’ailleurs, si vous voulez les voir sur scène, on vous conseille un super festival avec une très belle programmation, la Seisach ! billetterie par ici : SEISACH’ VII – Musiques en Bastide

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