LES EDITIONS ASTOBELARRA

Chronique de Myriam CHAZALON

Tu connais, Sbuquien, Sbuquienne, mon amour de la lecture ! Mais que serait le livre sans les métiers du livre. 
Je voudrais mettre en lumière une Maison d’édition qui me tient à cœur. J’ai chroniqué ici trois des auteurs édités par Astobelarra : Thomas Ponté et son humour grinçant que j’ai rencontré avec plaisir au détour d’une bière, Martin Koppe et son intelligence d’écriture qui m’a remué les entrailles ; et Etienne H. Boyer qui m’a émue jusqu’au larmes. C’est justement Etienne qui a eu l’extrême gentillesse de répondre à mes questions, car, oh, hasard du calendrier, Astobelarra fête justement ses 20 ans !
Je m’entretiens avec Étienne H. Boyer, auteur et secrétaire de cette maison d’édition associative. 

SBUC : Astobelarra fête ses 20 ans, peux-tu me dire comment tout a commencé ?
Etienne Boyer : C’est une bonne question et je ne sais pas si je saurais y répondre, dans la mesure où les deux fondateurs de la structure associative n’en font plus partie. Mais, et sans aucune volonté de dénigrer leur intention première, je pense que cette asso s’est d’abord créée en juin 2006 afin de publier les chroniques (originellement publiées en ligne) de l’un des fondateurs. Ensuite, cela a impulsé un élan et de nouveaux projets sont nés, notamment la collection LittéNature, qui publie de courts et beaux textes d’auteurs disparus depuis longtemps (Alphonse Daudet, Victor Hugo, Romain Gary…), traduits en langue basque. Je suis arrivé dans l’asso fin 2007 avec Mauvais berger !, mon premier livre et le troisième publié chez Astobelarra. En 2012, nous avons créé la collection Mozaïk, destinée à accueillir des romans, novellas et recueils de nouvelles d’auteurs contemporains. Aujourd’hui, c’est notre collection la plus développée, mais nous avons également commencé à développer la collection Barbalot, qui publie des romans jeunesse. À l’heure actuelle, nous avons publié 57 livres, 52 sont toujours au catalogue.

Et toi, comment es-tu arrivé sur ce projet ? 
En 2007, l’un des fondateurs (que j’avais rencontré dans le cadre de mes anciennes fonctions de correspondant local de presse chez Sud-Ouest) est venu me trouver. Il avait lu la première version de Mauvais berger ! que j’avais publiée sur mon blog et souhaitait publier ce texte sous forme de livre. Mais pas question de toucher un centime de royalties : chaque euro gagné sur les ventes servirait à financer Paroles du Chef Seattle, dans la collection LittéNature. J’ai trouvé l’idée géniale (permettre de diffuser les sages paroles d’un grand chef amérindien !!!) et j’ai accepté. C’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser à Astobelarra et au petit monde de l’édition. J’ai pris des responsabilités dans l’asso (président de 2010 à 2014) et aujourd’hui, j’en suis le secrétaire. C’est mon quatrième mandat consécutif dans la fonction. La présidente est actuellement Caroline Herrera, la trésorière Marjorie Vandevenne. Nous sommes une petite douzaine de membres actifs, chacun travaillant bénévolement pour Astobelarra à l’aune de ce qu’il peut/veut.

Peux-tu me parler également de l’origine de ce nom ?
Là aussi, je ne voudrais pas donner des explications erronées, sans l’aval des fondateurs. Mais si j’ai bien compris, le grand chardon, grande « mauvaise herbe » qui pique et qui pousse un peu partout en Soule, s’est imposé comme symbole et comme métaphore de ce que nous sommes. Les chroniques du fondateur étaient assez piquantes, elles aussi. 
Astobelarra, ça veut littéralement dire « l’herbe aux ânes » en basque (Asto : âne ; belarra : herbe). C’est le nom qui désigne ce chardon emblématique. J’aime assez ce double bluff métaphorique.

Comment pourrais-tu définir votre ligne éditoriale ?
Le credo originel de notre micro-maison d’édition est : « Remettre l’humain au cœur de la Nature et la Nature au cœur de l’humain » et n’a pas changé pour le moment. Il y a une dimension politique (de gauche) et écologiste dans notre ligne éditoriale. C’est toujours le cas aujourd’hui, même si cela est moins revendiqué de manière évidente, qu’auparavant. Mais de toute façon, cette ligne éditoriale est assez élastique pour nous permettre de publier des textes qui ne sont pas forcément écologistes au premier regard. Mais, pour préciser, on ne publiera jamais de beau livre de photos sur « les plus belles centrales nucléaires de France », de « plaidoyer sur le cri de la carotte », ou encore de« petit traité du bon usage du Glyphosate dans les campagnes souletines ». 

Comment s’organise le choix des manuscrits ? 
Nous faisons tourner les manuscrits reçus dans notre comité de lecture. Il est composé d’auteurs, de profs, de lecteurs/correcteurs tous passionnés. Ensuite, nous décidons de façon collégiale si nous souhaitons « oui » ou « non » publier le texte. C’est d’abord une histoire de coup de cœur. Si le texte convainc au moins trois d’entre nous, il a de bonnes chances de voir le jour sous forme de livre. S’il y a ex aequo, la présidente tranche. Mais grosso modo, il faut que ça nous hameçonne dès le départ, que ce soit bien écrit, bien présenté. Et qu’on n’y développe pas des idées contraires à notre ligne éditoriale. « Mon roman national » par Emmanuel Macron, par exemple, ce serait non d’office, malgré le potentiel commercial ! Si aucun d’entre nous ne se sent de défendre le texte (nous diffusons nos livres en librairie, mais également en vente directe sur le marché), même s’il coche toutes les autres cases, alors il sera écarté. 

Comment Astobelarra se positionne, face à la percée du numérique et l’immixtion de l’IA ?
Pour le moment, nous n’avons pas d’avis tranché concernant l’IA. Il nous arrive même de l’utiliser pour la réalisation de trailers vidéo pour nos livres. Nous l’utilisons également pour générer des moodboards, à l’attention des graphistes que nous faisons travailler pour nos couvertures. Mais ce ne sont que des outils, pas des fins en soi. De fait, il est évident que nous ne publierions pas un livre écrit par l’IA. 
Concernant le numérique, et malgré un amour (de toujours) du livre papier, nous ne sommes fermés à rien. Pour le moment, seuls les auteurs qui le souhaitent (moi par exemple) sont disponibles sous forme de PDF ou EPUB. Mais nous nous refusons toujours de les diffuser sur des marketplaces comme Amazon. Du coup, personne ne les achète au format numérique et ça nous convient. Le livre (papier), c’est tout ce qu’il nous restera quand il n’y aura plus rien. 

À part cet anniversaire, peux-tu me parler de votre actualité ? 
Cette année, je pense que nous allons publier plus de livres que jamais par le passé. Déjà, nous en aurons sorti quatre (Moustache, patate et chocolat, de Maïda Gouraya, Harriztun et les deux fleurs, de Remen, So long Alice, de Constance Dufort et Un Cauchemar sans nom, de moi-même, avant la fin de l’été. Mon roman est même toujours en précommande ici à ce moment précis. Trois ou quatre autres titres sont prévus avant Noël 2026, notamment un beau livre illustré sur la mythologie basque, par Marc Large. 

Je te laisse conclure avec quelques mots, une phrase, un proverbe (comme tu le sens), en basque. 
Je ne suis sûrement pas le plus légitime pour citer un proverbe basque (je suis charentais d’origine et même si je vis en Soule depuis bientôt 30 ans, je ne parle toujours pas le basque), mais j’ai fait mien ce proverbe appris en cours d’anglais au collège : « if you don’t succeed, try and try again ». La persévérance. Peu importent les embûches, il faut croire en ce qu’on fait, sinon, à quoi bon ?

Astobelarra, tu l’auras compris, c’est une folle équipe. Pour preuve, va donc faire un tour sur leurs réseaux sociaux : c’est toujours décalé et plein d’humour et créatif à leur image.
Ce que l’on peut leur souhaiter : de fêter encore beaucoup d’anniversaires et de nous régaler longtemps de toutes les petites pépites qu’ils nous proposent. 
Et un grand merci à eux de faire vivre le livre !!!
Crédit photo Astobellara.

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