SORCIERES – LA NUIT DES TEMPS (chez l’Ordalie Noire)

Chronique de François KÄRLEK

Mode vieux con « on »

C’est terrible mais en vieillissant on devient sacrément exigeant… Et même si mes coups de cœur ont été assez nombreux depuis ce début d’année, une bonne partie se sont essoufflés en quelques écoutes, me laissant assez de doigts (orteils non inclus) pour compter ceux que j’ai eu envie de chroniquer. L’autre truc quand on prend de l’âge (à lire avec la voix du grand schtroumpf) est que l’on réalise que le temps n’est pas infini et passe de plus en plus vite. Voilà pourquoi cette chronique, que j’aurais bien aimé publier autour de la sortie de l’album le 30 avril, ne sort que maintenant. Voilà aussi pourquoi c’est à peine ma 6ème chronique depuis le début d’année.

Mode vieux con « off »

J’aime énormément « Empoisonné », leur 1er méfait de 2021 acheté impulsivement après sa découverte ; et Sorcières a parfaitement conservé ici tous les atouts de sa musique, à savoir un Folk Metal des plus inspirés, qu’ils peaufinent à l’excès sans le révolutionner.

Pour les éléments Folk, la troupe s’appuie sur un violon du plus bel effet (intégré avec maestria par un mixage en tout point remarquable de dosage), des passages de guitare acoustique (en solo sur « Au Cœur de l’Orage » ou superposée à l’électrique), et des percussions additionnelles (« Terre Maudite ») venant contrebalancer la batterie traditionnelle. Le chant appuie aussi cet aspect folk, souvent scandé, narratif, et assez chantant … toute proportion gardée.

On peut aussi revenir à l’étymologie du mot « folk » en son sens de « musique du peule/populaire » que l’on retrouve sur une foule d’air entêtants, accrocheurs et familiers : l’intro et thème principal de « Féérie », les airs de violon intimidants et TimBurtoniens du « Bal des ombres » (et son splendide final), les rythmes zouk sur « Havrenoir » et « Terre Maudite ».

J’aime les musiques contrastées, cela m’a toujours parlé et converti au Metal Extrême. La noirceur et le romantisme de Cradle, la violence et la complexité d’Emperor, ou tout récemment le reggaeton assaisonné de Black Metal de Pyramids. Chez Sorcières, les atmosphères opposées se combinent à merveille, et l’aspect abordable du folk dialogue parfaitement avec la rugosité toute métallique de son substrat : guitares acérées, batterie nerveuse, chant guttural. Chaque morceau propose des déferlantes sonores (« Terre Maudite », « La Nuit des Temps » brillantes pistes) qui rivalisent avec la puissance des morceaux plus posés (« Hantée », martiale, syncopée et ravageuse).

Je discutais récemment avec des amis de l’intérêt fondamental de pouvoir distinguer chaque piste d’un album. Mission accomplie ici avec brio par des compositions au fort caractère, difficilement interchangeables et agencées avec intelligence grâce aux ornementations acoustiques et riches en cordes d’une splendide introduction, de l’interlude raffiné « Citadelle » et du doux final « Sous d’autres cieux ».  

On tient ici un album contrasté et plein de relief comme je les aime. Impossible en effet de confondre les mélodies orientales de « Terre Maudite » avec le valsant et décadent « Bal des Ombres ». Et qui n’arriverait pas à distinguer l’énergie échevelée de « La Croisée » de la mélancolie de « La Nuit des Temps » ?

Les 5 années d’écart entre le 1er et ce 2ème album de Sorcières lui ont permis d’affiner son art, affuter ses compétences instrumentales, et nous proposer un des tous meilleurs albums de ce début 2026.

Nos Lillois proposent ici un excellent album aux multiples qualités qui tiendra facilement sur la longueur.

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