
C’est toujours avec un mélange de plaisir et d’appréhension que je me plonge dans les romans de Cédric Sire. Plaisir, parce que j’aime sa manière de nous embarquer sans détour. Appréhension, parce que je sais que son univers peut se révéler d’une noirceur implacable.
Survivantes est son dixième roman, récompensé par le prix Pulse Noir en 2025. J’en ai lu huit jusqu’à présent — il me reste encore un petit effort pour décrocher le grand chelem.
Dans ce livre, on suit Farrah, Kate, Tanya et Cheryl. Quatre femmes que rien ne destinait à se rencontrer, si ce n’est l’horreur qu’elles ont traversée. Toutes ont survécu à des hommes capables du pire. N’ayons pas peur des mots : ce sont des monstres. Mais survivre ne signifie pas tourner la page. Entre enquêtes inachevées, coupables jamais retrouvés ou sanctions trop légères, la justice laisse un goût amer. Et ce goût, avec le temps, se transforme en quelque chose de plus brûlant.
Leur rencontre agit comme un point de bascule. Ce qui n’était qu’une colère intime devient peu à peu une volonté partagée. Se reconstruire ne suffit plus. Il leur faut autre chose pour achever leur guérison. Peut-être une forme de réparation… Peut-être un semblant d’apaisement…
La quatrième de couverture annonce clairement la couleur :
« Mais si le sang appelle le sang, la vengeance aussi… Elles cherchaient la paix, elles ont trouvé l’enfer. »
Difficile de faire plus clair.
Ces femmes ne veulent plus être des victimes. Pour assouvir leur besoin de « réparation », elles sont prêtes à franchir des limites qu’elles n’auraient sans doute jamais envisagées. L’union fait la force. Elle galvanise. Mais sur leur route, elles croisent d’autres âmes animées par la même soif de revanche.
Le récit promet tension et chaos — et tient ses promesses. Le scénario aurait pu être simple, presque mécanique, et donc un peu ennuyeux. Heureusement, il ne l’est pas ! L’auteur n’est pas virtuose du thriller pour rien : il se donne à cœur joie de jouer avec nos nerfs.
Lire du Cédric Sire, c’est comme prendre l’autoroute au volant d’une Ferrari : on sait que ça va aller vite, très vite… et que ça va envoyer du lourd. Impossible de lever le pied. Survivantes n’y échappe pas. Dès les premières pages, on est happé. Chaque chapitre accélère encore, jusqu’à cette sensation grisante de ne plus pouvoir s’arrêter.
Mais au-delà du rythme et du suspense, le roman soulève une question plus troublante. Que reste-t-il quand la justice ne répond pas à la hauteur du traumatisme subi ? Et jusqu’où peut-on aller pour tenter de refermer ses blessures ?
Car si la vengeance peut donner l’illusion d’un soulagement, elle n’offre peut-être qu’un apaisement fragile, provisoire… presque trompeur.
