AKIAVEL – InVictus

Chronique de François Kärlek

AKIAVEL et moi c’est une longue histoire d’amour. Pourtant je ne l’ai jamais exprimée, sans doute parce qu’elle est tellement évidente pour moi qu’elle me semblait se passer de mots.  Sauf que la frontière entre ce que l’on n’exprime pas et ce qui n’existe pas est ténue, et je me suis réveillé ce matin avec une forme de culpabilité : « bon sang ! Tu adores ce groupe et tu ne l’as jamais chroniqué ! Tu l’écoutes régulièrement depuis des années sans en parler… Alors arrête tes bêtises et profite de ta chance d’avoir une modeste tribune de chroniqueur pour leur faire honneur.

Me voilà donc ici, avec mes mots, pour vous dire pourquoi Akiavel est parmi les meilleures choses qui soient arrivées au metal français ces dernières années.

Concrètement Akiavel est le parfait exemple que pour avoir du succès le travail seul ne suffit pas. On connaît des groupes qui sortent un album par an et lassent vite leur public. Le talent seul ne suffit pas non plus, comme en témoignent d’autres groupes qui sortent un album génial tous les 5 ans et doivent quasiment reconquérir leur auditoire de zéro à chaque fois. 

Loin de ces écueils Akiavel combine avec bonheur ce parfait équilibre entre talent, inspiration, et sorties régulières : 4 Albums depuis 2020 qui permettent de les rappeler régulièrement au bon souvenir de leurs auditeurs qui, comme moi, ont la joie de découvrir un nouvel album à peine ont-ils fini de maîtriser le précédent.

Autre point capital : les live, qui permettent de couronner la sortie des albums par l’épreuve du feu en public. Akiavel ne déçoit jamais en live, ils réjouissent ceux qui les connaissent déjà et convainquent ceux qui les découvrent. Impossible ne pas mentionner le charisme d’Auré, la growleuse à la voix plus gutturale et puissante que beaucoup d’hommes, l’osmose entre le guitariste Chris et le bassiste Jay aux cordes, le tout porté avec maestria par un batteur ultra technique, l’excellent Ranko ayant pris de relais du non moins remarquable Butch. Akiavel en live c’est une communion, une fusion entre le public et le groupe au nom de la puissance, la mélodie, le groove, l’accroche immédiate grâce à de véritables « chansons » dans leur forme.

Que l’on ne s’y trompe pas, malgré la grande accessibilité et l’apparente facilité des compos, tellement efficaces que chacun de leur morceau pourrait être sorti en single comme LE tube de l’album, il y a derrière un travail colossal : leur style est affûté, peaufiné, leur maîtrise instrumentale et vocale est remarquable. Faire simple n’est pas SI simple, il faut du génie pour accrocher. Ecoutez les gnossiennes de Satie, même sans connaitre leur nom ces mélodies parlent à tous depuis des décennies. Ecoutez le dernier morceau de Jul, vous l’aurez sans doute oublié quelques minutes plus tard.

Bref Akiavel a ce truc en plus, c’est indéniable, car tous leurs riffs, lignes de chant et arrangements peuvent se scotcher irrémédiablement à votre cortex. Impossible d’écouter un album sans se retrouver à en fredonner des airs dans les heures, les jours, les semaines qui suivent.

Il est temps de vous avouer que je vous ai trompé un peu sur la marchandise, cette chro n’est pas celle de InVictus (ni de l’EP ScelestVs à venir d’ailleurs) mais plutôt un hommage à l’œuvre du groupe depuis ses débuts. En effet, Akiavel n’est pas comme tous ses groupes dont l’album est systématiquement « meilleur que le précédent ». InVictus est excellent, c’est indéniable, et représente une parfaite porte d’entrée pour découvrir leur œuvre, mais V, Vae Victis et Veni Vidi Vici ne sont pas en reste du tout !  Dès le premier album, « V » tout était déjà là : une production puissante et professionnelle, un chant qui prend aux tripes, une assise rythmique parfaite et des tubes à la chaîne : The Witness, huntington, My Lazy Doll suivis par Frozen Beauties, Comrade sur « Vae Victis » etc… etc…

En 4 albums, le groupe dispose de tant de morceaux qui cartonnent que leurs prestations live, piochant dans tous les opus, relèvent du best of, tout dans ta tronche, tout pour headbanger, pour ton plus grand bonheur.

Cerise sur le riff qui tue, les paroles sont très travaillées et conceptualisées, abordant des thèmes sombres mais variés : les tueurs en séries, les victimes de faits divers, le deuil, la colère, la résilience. L’humain sous tous ses aspects mais sans se noyer dans des abimes dépressifs. Car il y a de l’espoir et du beau dans chaque situation, illustré par les splendides figures féminines, vénéneuses et séduisantes, sur les artworks.

J’ai juste oublié de dire le style pratiqué, du Death Metal mélodique avec des touches de thrash et de black. Mais, comme beaucoup de mes groupes coup de cœur, Akiavel explose les frontières et fait du Akiavel, immédiatement reconnaissable pour les initiés.

Allez voir leurs clips (on vous passe le petit dernier en fin de chronique), écoutez leurs albums, ne les ratez pas en live, je vous garantis que vous ne serez pas déçus !

De mon côté j’attends avec impatience la mandale du prochain live dans ma région et l’occasion d’échanger quelques mots avec eux.  Car non contents d’être un fer de lance du metal extrême français, ils sont humbles et abordables.

Un GRAND groupe, tout simplement.

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