Miško Boba – Gedulas Ir Viltis

Chronique et interview par François Kärlek (français/english)

CHRONIQUE

Un groupe de black metal anglo-lituanien ? ça sort pour le moins de l’ordinaire. D’une part par sa double nationalité, d’autre part parce que la scène Metal lituanienne ne me parle pas, ma maigre culture se limitant à l’excellent groupe de Post Black Metal « Au-Dessus ».

C’est d’ailleurs par un hasard complet, à savoir le partage de cet album par une amie, que je suis tombé dessus, mon oreille ayant suivi mon œil, attiré par cette pochette : une cabane maléfique au fond des bois, ce logo dont le typographie m’évoque le fantastique et ces tons uniformes de gris/marron évoquant la patine du temps et la nostalgie.

Même s’il a une formation de live, Miško Boba est porté par un couple : Mike/Leviathan (qui pilote aussi « Written In Torment ») à la composition d’ensemble et pratique de tous les instruments et Paulina/Kanopa au chant et textes.

L’album étant constitué de 6 morceaux avec des développement assez différents, je vous propose de nous focaliser sur chacun en sachant que les morceaux 1 3 5 évoquent des thèmes folkloriques et les 2 4 6 des thèmes historiques.

« Ateik Pas Mane » (viens à moi), morceau fondateur et emblématique du groupe porte sur une sorcière vivant dans la forêt, il comporte la rage d’une œuvre fondatrice et se pose en parfaite démonstration de ce que le groupe peut nous proposer. La structure n’est pas simple à comprendre, loin des carcans couplets/refrain et s’avère plutôt progressive.

Une courte intro symphonique s’ouvre sur un déluge de mélodies enjôleuses : guitares très harmonisées et orchestrales dans leur approche, mises en valeur par beaucoup de relief de batterie (blast, double pédale). On sent immédiatement que la composition est léchée, soignée au maximum entre efficacité pour ne pas lasser l’auditeur et ambiances pour développer le propos. Arrive assez vite mon riff préféré, sublime, à 2 :12 sous forme de modulation d’arpèges. Les accords, mineurs, donnent cette couleur nostalgique et désespérée que semblait augurer la pochette. Du désespoir certes, mais aussi de la rage, à fleur de peau, en particulier grâce au chant, extrêmement puissant et rugueux, contant cette sorcière qui nous emmène au diable avec elle.

« Miško Broliai » (frères de la forêt), porte sur les résistants lors de l’occupation Russe, cachés dans la forêt.

Piste la plus longue, voilà un morceau très atmosphérique par son rythme, ternaire, et ses accords lancinants. Le groupe nous refait le coup (décidément !) du passage qui tue à 2 min, avec ce passage de claviers qui sonnent comme des chœurs et soutiennent des riffs très heavy qu’aurait pu pondre Dissection. La rythmique propose toutes les variations possibles entre fureur et groove, et ces breaks imparables que l’on a envie de scander en hurlant vers le ciel à 1 :20 et 3 :50 puis 4 :30, invitations à rejoindre les cris et appels à la résistance des frères de la forêt. L’esprit « lituanien » transpire à travers chaque pore de cette piste et lui donne une personnalité saisissante comme on en entend rarement. On ne voit pas défiler ces 7min et on sait déjà que la splendeur de certains riffs va nous hanter.

« Požemio Karalystė Jums» (ton royaume souterrain) évoque le diable qui emporte les mauvaises gens au petit matin.

Très folk dans son approche (intro acoustique) ce morceau ouvre un nouveau champ lexical avec des guitares « pagan », de vrais chœurs et des passages un peu bancals dans le comptage des mesures (1 :02 et 4 :25). Miško Boba aime s’affranchir des rythmes binaires et module, joue, tourne autour de plusieurs thèmes qu’ils enrichissent et variantent. Un travail très fin, plus proche de la musique classique que du Metal. On verrait très bien ce morceau joué par un orchestre de cordes et cuivres par exemple.

« Gedulas Ir Viltis » (Deuil et espoir), titre le plus grave sur la déportation par les russes de 130 000 lituaniens (dont une grande partie de femmes et enfants) en Sibérie.

Paulina dira en interview : « Quelque chose de personnel produira les meilleurs résultats. Vous y consacrez votre cœur et votre âme et cela peut vous faire pleurer, vous ou votre auditeur »

Par son thème, profondément triste, du deuil et l’injustice, « Gedulas Ir Viltis  est une magnifique pièce, morceau central qui porte l’album. Principalement mid-tempo et porté par de la double pédale et caisse claire sur le 3ème temps, comme une balade rock, il est très aéré à partir de 2min et porté par une guitare au son cristallin et des nappes. Le contraste entre la beauté de la musique et la tristesse du chant prend aux tripes, on pense sur le final à une mère étreignant et réchauffant du mieux qu’elle peut ses enfants, même pas âgés de 10 ans et déjà livrés à une irréversible agonie dans un contexte de froid et malnutrition. Un monde meilleur s’ouvre à eux, doux foyer de l’au-delà, loin de la folie et l’inconscience qui conduit l’homme à faire subir de telles atrocités à son prochain.

« Dievų Ugnis» (Le Feu des Dieux), sur le fait de combattre à mort pour ses dieux.

Ludique et direct, ce morceau vient contrebalancer l’émotion du précédent avec ses riffs défouloirs et passages épiques (2 :15) qui relancent un déluge de puissance. Mention spéciale ici aux cris cathartiques et au jeu de batterie, toujours très naturel et percutant ! Pas la piste la plus marquante, mais d’une efficacité redoutable (on sent un gros potentiel en live !).

« Karaliaus Paleistuvė » (La putain du roi) porte sur le personnage historique de Barbora Radvilaitė dont Bona Sforza, la belle-mère, pensait qu’elle était une sorcière qui aurait ensorcelé le roi, son fils, afin de l’épouser.

Miško Boba est loin d’avoir dit son dernier mot, preuve en est cette magnifique introduction en chant clair harmonisé à deux voix, très slave dans l’esprit.  Ce thème en chant clair, extrêmement beau, revient ensuite dans un tourbillon de mélodies acérées et s’alterne avec le chant saturé en réponse et superposition, mettant en exergue la dualité des personnalités de Barbora (clair) et Bona (saturé). Morceau assez long et épique, il résume parfaitement le savoir faire développé dans cet album.  Un sens de la composition très poussé, une basse très présente en parfaite cohérence avec la rythmique et toujours ce feeling très ambigu entre violence de la forme et beauté du fond avec des accords empleins d’affliction et de chagrin. Le final au piano, reprenant le thème en quelques secondes, met d’ailleurs parfaitement en valeur la richesse de la mélodie en la dé-saturant / clarifiant.

Hommage au passé et à la culture d’un peuple que je connais assez mal, Miško Boba propose ici une œuvre d’une maturité folle pour une premier essai et révèle un potentiel énorme avec une quantité assez hallucinante de moments de bravoure pour un album d’à peine 34 minutes.

Un potentiel colossal selon moi qui mérite déjà toute votre attention et a toutes les chances d’exploser littéralement dans de futures œuvres !

English Version :

Miško Boba – Gedulas Ir Viltis

An Anglo-Lithuanian black metal band? Really out of the ordinary for me. On the one hand by its dual nationality, on the other hand because the Lithuanian Metal scene does not speak to me, my meager culture being limited to the excellent Post Black Metal group “Au-Dessus”.

It was by complete chance that I came across it, my ears having followed my eyes, attracted by this cover: an evil cabin deep in the woods, a logo whose typography reminds me of fantasy and these tones of gray/brown evoking the patina of time and nostalgia.

Even though he has a live background, Miško Boba is supported by a couple : Mike/Leviathan (who also leads “Written In Torment”) on overall composition and practice of all instruments and Paulina/Kanopa on vocals and texts.

The album being made up of 6 pieces with quite different developments, I suggest to focus on each one knowing that pieces 1 3 5 evoke folkloric themes and 2 4 6 historical themes.

“Ateik Pas Mane” (come to me), the group’s founding and emblematic piece, is about a witch living in the forest, it contains the rage of a founding work and is a perfect demonstration of what the group can offer us. The structure is not easy to understand, far from the usual verse/chorus and turns out to be rather progressive.

A short symphonic intro opens with a deluge of captivating melodies : guitars very harmonized and orchestral in their approach, highlighted by a lot of drum relief (blast, double pedal). We immediately feel that the composition is polished, as a perfect balance between efficiency and atmospheres to develop the subject. My favorite riff arrives quite quickly at 2:12 in the form of arpeggio modulation. The minor chords give this nostalgic and desperate color that the cover seemed to augur. Despaired certainly, but also raging thanks to the singing, extremely powerful and rough, telling the story of this witch who brings you to hell.

“Miško Broliai” (brothers of the forest), focuses on the resistance fighters during the Russian occupation, hidden in the forest.

Longest track, this is a very atmospheric piece with its ternary rhythm and its haunting chords. The group does again a killer passage at 2 min, with keyboards which sound like choirs and support very heavy riffs that Dissection could have created. The rhythm offers all possible variations between fury and groove, and these unstoppable breaks that we want to scream towards the sky at 1:20 and 3:50 then 4:30, invitations to join the cries and calls to the resistance of the brothers of the forest. The “Lithuanian” spirit exudes through this track and gives it a striking personality! The splendor of certain riffs will haunt us for a long time.

“Požemio Karalystė Jums” (your underground kingdom) evokes the devil who carries away bad people in the early morning.

Very folk in its approach (acoustic intro) this piece opens a new musical field with “pagan” guitars, real choirs and slightly wobbly passages in the counting of measures (1:02 and 4:25). Miško Boba likes to free himself from binary rhythms and modulates, plays, revolves around several themes which they enrich and vary. A very fine work, closer to classical music than to Metal. We would very well see this piece played by a string and brass orchestra for example.

“Gedulas Ir Viltis” (Mourning and Hope), the most serious title on the deportation by the Russians of 130,000 Lithuanians (including a large number of women and children) to Siberia.

Paulina will say in an interview: “Something personal will produce the best results. You pour your heart and soul into it and it can bring you or your listener to tears”

With its deeply sad theme of mourning and injustice, “Gedulas Ir Viltis is a magnificent central piece that carries the album. Mainly mid-tempo with double bass drum and snare on the 3rd beat, like a rock ballad, it is very airy from 2min onwards and carried by a guitar with a crystalline sound and keyboard chords. The contrast between the beauty of the music and the sadness of the song is gut-wrenching; in the end we think of a mother hugging and warming her children as best she can, not even 10 years old and already in irreversible agony due to a context of cold and malnutrition. A better world opens up to them, a sweet home of the afterlife, far from the madness and unconsciousness that leads mans to inflict such atrocities to each other.

“Dievų Ugnis” (The Fire of the Gods), about fighting to the death for your gods.

Playful and direct, this track counterbalances the emotion of the previous one with its unwinding riffs and epic passages (2:15) which relaunch a deluge of power. Special mention here to the cathartic screams and the drumming, always very natural and impactful! An extremely effective track (we sense great potential live!).

“Karaliaus Paleistuvė” (The King’s Whore) is about the historical character of Barbora Radvilaitė whose stepmother Bona Sforza thought she was a witch who bewitched the king, her son, in order to marry her.

Miško Boba is far from having said his last word, proof of which is this magnificent introduction in clear singing harmonized with two voices, very slavic in spirit.  This theme in clean singing, extremely beautiful, then returns in a whirlwind of sharp melodies and alternates with the saturated singing in response and superposition, highlighting the duality of the personalities of Barbora (clear) and Bona (saturated). Quite a long and epic piece, it perfectly sums up the know-how developed in this album.  A very advanced sense of composition, a very present bass in perfect coherence with the rhythm and always this very ambiguous feeling between violence of the form and beauty of the substance with chords full of affliction and sorrow. The piano finale, repeating the theme in a few seconds, perfectly highlights the richness of the melody by de-saturating/clarifying it.

As a tribute to the past and culture of a people that I know little about, Miško Boba offers here a work of incredible maturity for a first attempt and reveals enormous potential with a fairly mind-blowing quantity of moments of bravery for an album of barely 34 minutes.

A colossal potential in my opinion which already deserves your full attention and has every chance of literally exploding in future works!

INTERVIEW

Version Française :

Bonjour Paulina et Mike et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Misko boba est constitué de toi, Paulina, au chant et Mike aux instruments.

Tu es si j’ai bien compris Lituanienne et lui est anglais, comment vous êtes-vous rencontrés et avez-vous créé Misko Boba ?

Paulina : Mike et moi sortions ensemble quelques années avant Miško Boba. Nous sommes tous les deux musiciens et avions au départ des projets séparés – Mike a travaillé sur Written in Torment et je commençais dans d’autres nouveaux groupes. Nous avions déjà quelques idées avant le Covid, mais lorsque les confinements ont commencé, nous nous y sommes davantage penchés car nous ne pouvions pas répéter avec d’autres personnes.

À l’époque, je jouais de la batterie et je faisais quelques enregistrements sur un kit acoustique. Mike a décidé de l’utiliser, de tout découper et d’écrire de nouvelles parties de guitare. C’est ainsi que « Ateik Pas Mane » est né, bien qu’à l’époque il s’intitulait Miško Boba .Nous avons d’ailleurs publié cette toute première version sur une compilation de Wulfhere Productions sur Bandcamp en novembre 2020.

Où le groupe enregistre-t-il et joue-t-il en live ?

Paulina : Il y a eu beaucoup d’expérimentation au début du projet. Mike a décidé de reprendre la batterie et a finalement dépassé mes capacités. Nous espérions initialement enregistrer tout cela à la maison, même si on était un peu limités par notre batterie électronique et notre logiciel de VSTi Superior Drummer (NDLR : instruments de musique virtuels), mais après quelques répétitions avec le line-up live, Mike a insisté pour enregistrer une vraie batterie au studio de répétition White Rooms à York. L’album aurait pu sonner tout à fait différemment s’il m’avait écoutée (et sorti une version antérieure au projet telle qu’il est).

Le line-up live est composé de Luke Durston et Will Caulfield aux guitares et d’Henry Mahy à la basse – tous des musiciens très compétents et dévoués. Nous nous sentons chanceux de les avoir trouvés si rapidement. Nous avons fait notre premier concert au festival Warhorns en soutenant des groupes tels que Arkham Witch et Hecate Enthroned. Depuis, nous avons également joué à York et à Leeds. Ce serait génial de jouer un jour en Lituanie, ou ailleurs à l’étranger – si on en avait l’opportunité.

Que signifie Misko boba ? Quelles sont les émotions que vous souhaitez transmettre par votre musique et vos visuels ?

Paulina : Miško Boba signifie « La vieille sorcière (Boba) de la forêt (Miško) ». Le nom est venu tout naturellement, je voulais que le groupe ait un nom féminin avec un léger clin d’œil aux histoires folk et aux contes de fées.

Dans ma ville natale, Druskininkai, j’ai grandi entourée de forêts. Il y avait cette maison pas très loin de chez moi qui s’appelait Forest Echo – on m’avait raconté quand j’étais enfant que vivait là une sorcière. La maison est construite sur pilotis et on dirait presque qu’elle tient debout seule ou flotte sur le vide.

Une combinaison de ces souvenirs et des histoires plus connues de Baba Yaga ont inspiré le nom de Miško Boba. Au départ, je voulais m’en tenir uniquement aux sujets lyriques de contes de fées, mais au fur et à mesure que nous développions nos idées, j’ai découvert que des sujets historiques plus sombres convenaient tout aussi bien à ce groupe.

Les mélodies sont très travaillées sur cet album, guitares, basse, claviers, quel est votre processus de composition musicale et d’intégration du chant aux compositions ?

Mike : J’écris continuellement de la musique et j’ai généralement tendance à enregistrer des sections de musique dans un « projet bloc-notes » sur ma DAW (NDLR : Digital Audio Workstation = station de travail audionumérique). J’organise mes idées par tonalité, puis plus tard, je m’assois et j’assemble mes différents riffs pour former un arrangement. J’écris principalement sur une guitare électrique 6 cordes et j’ajoute les claviers bien plus tard, l’épine dorsale de la mélodie est totalement portée par les guitares et la basse.

Ma préférence en matière d’écriture de chansons est d’essayer d’être diversifié en termes de gammes et de signature rythmique. Je trouve que beaucoup de groupes de Metal sont trop obsédés par les accords simples (powerchords) et le 4/4 qui, personnellement, me lassent très vite. J’ai également tendance à éviter les structures de chanson traditionnelles de style couplet/refrain en faveur d’une approche d’inspiration plus classique, comme des variations sur un thème.

Paulina comment t’es-tu mise au chant saturé ? As-tu des chanteuses qui t’inspirent ?

Paulina : Je n’avais jamais essayé de chanter avant Miško Boba. Mike m’a appris tout ce que je sais et je me souviens des premières prises comme si c’était hier – j’avais avalé une bonne dose de vin pour me donner du courage. Je n’essaie pas d’imiter qui que ce soit, mais j’essaie plutôt de faire ce qui me convient. Lorsqu’on me demande comment je fais de tels sons, je réponds généralement « eh bien, je suis mariée un un batteur, donc j’ai l’habitude de crier ».

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Vous avez repris un morceau de Unanimated (Groupe de Black/death mélodique suédois), quels sont vos groupes de référence et influences ?

Paulina : Unanimated est définitivement l’un de mes groupes préférés. Je suis très attachée à la scène mélodique suédoise – Sacramentum, Vinterland et bien d’autres…

Mike : Mes influences sont assez variées, les groupes de Metal qui m’inspirent le plus sont Bal-Sagoth, Emperor…  Au-delà du métal, Mozart et les musiques de films.  Mais à l’heure actuelle je passe plus de temps à écrire ma propre musique qu’à écouter ce que proposent d’autres musiciens.

Les morceaux Ateik Pas Mane, Požemio Karalystė Jums, Dievų Ugnis portent sur des contes et légendes, alors que Miško Broliai, Gedulas ir Viltis, Karaliaus Paleistuvė.font référence à l’histoire de la Littuanie.

Paulina : Quand j’ai commencé à écrire les paroles de la première chanson « Ateik Pas Mane », tout était assez superficiel : « les sorcières, la forêt, la mort », bien rangées dans des cases ahah ! Cependant, on ne pouvait pas vraiment aborder ces mêmes sujets sur toutes les chansons : mais de quoi d’autre pouvait-on parler ?

Au final, j’ai appris moi-même un peu d’histoire lituanienne tout en essayant d’écrire des paroles. J’ai utilisé certains thèmes pour les paroles, et d’autres seront exploités plus tard.  L’obscurité dans la vraie vie est parfois bien plus effrayante que les sorcières de la forêt.

« Požemio Karalystė Jums » a été écrit beaucoup plus tard – c’est à ce moment-là que j’ai décidé de revenir aux contes sur une note plus sarcastique. Il s’inspire de la Colline des Sorcières, un parc lituanien qui abrite des sculptures en bois représentant des sorcières et des diables. Mais que font les diables là-bas la nuit ? Eh bien ils conduisent les méchants à la mort et ça les fait marrer.

Je pense qu’au final nous avons trouvé une bonne combinaison entre propos sérieux et paroles plus légères. Même les chansons les plus sérieuses sont assez vagues : soit on s’y plonge à fond, soit on peut les apprécier telles quelles.

Les faits historiques liés à la résistance contre la Russie et la déportation d’une partie du peule en Sibérie (entre 1944 et 1956) sont-ils selon vous des éléments fondateurs de l’identité de la Lituanie ?

Paulina : Je crois que la Lituanie a longtemps lutté pour établir son identité. On me demande encore si la Lituanie fait partie de la Russie, si nous parlons russe et à quoi ressemble notre langue. C’est peut-être disproportionné, mais nous avons toujours le sentiment de devoir prouver quelque chose. Nous avons une très longue histoire avec l’Empire russe et l’Union soviétique. Dès notre plus jeune âge, on nous a raconté comment nos livres et notre langue étaient interdits, comment les partisans combattaient les occupants dans les forêts, comment les gens étaient emmenés s’ils s’opposaient à cela.

Nous sommes un petit pays, souvent coincé entre les fissures d’un ensemble beaucoup plus vaste, et nous n’étions pas non plus le seul pays touché par les troubles des guerres. Cependant, façonnés par notre histoire, nous sommes devenus une nation très fière de notre culture, de notre langue, de notre musique et de notre nature – en espérant que les gens du monde entier pourront enfin en faire l’expérience et l’apprécier également.

En particulier la souffrance fait-elle partie l’âme du pays ? Comment est-elle exprimée dans votre musique ?

Paulina : Tout le monde vit une certaine forme de souffrance, qu’elle soit personnelle ou nationale. Quelque chose de si personnel donnera probablement les meilleurs résultats une fois mis en musique. Vous y consacrez votre temps, votre cœur et votre âme et parfois cela peut même faire pleurer aussi bien vous que votre auditeur. Si ça se passe comme ça, je pense que vous avez accompli quelque chose.

Que représente pour vous le personnage historique de Barbora Radvilaitė ? Pourquoi l’avoir choisie pour le morceau final ?

Paulina : Je suis fascinée par Barbora Radvilaitė depuis que je suis enfant. C’est une histoire d’amour tellement triste, presque comme un Roméo et Juliette lituano-polonais. Depuis le début du projet, j’avais envie d’écrire un texte sur ce sujet. Je pensais aussi que cela fonctionnerait très bien avec le thème des « sorcières ». Bona Sforza, la belle-mère, pensait que Barbora était une sorcière qui enchantait son fils, et la rumeur disait que Bona elle-même aurait empoisonné sa belle-fille (mais on sait maintenant que Barbora avait un cancer). La chanson ressemble à un dialogue entre Bona (grognement) et Barbora (chant), mais elles ne se parlent pas vraiment – elles s’adressent au roi.

Cette dernière chanson avait le chant le plus clair, j’ai adoré les mélodies et Mike en a même écrit une version non-métal plus pompeuse que nous avons fini par laisser de côté. Cependant avons utilisé les claviers pour le final du morceau qui parachève parfaitement l’album.

Comment se porte la scène Metal Extreme en Angleterre ?

Paulina : C’est vivant et en plein essor ! Personnellement, je suis heureuse de voir qu’autant de femmes sont impliquées dans le métal aujourd’hui. Lors de notre concert à York avec Kryptess et Hellfekted, chaque groupe comportait une femme et c’était très plaisant. Les gens sont généralement très positifs et désireux d’organiser des événements, d’assister et de soutenir des groupes locaux.

A-t-il été difficile de trouver des musiciens live et prévoyez-vous de nombreux concerts ? Y compris à l’étranger ?

Paulina : Honnêtement, nous pensions que ce serait difficile, mais cela n’a pas été le cas. Le poste le plus dur à pourvoir est à la batterie, mais heureusement, Mike s’est porté volontaire pour le faire. Le reste de la troupe est arrivé assez rapidement et nous étions en salle de répétition avant de dire ouf.

Nous cherchons à faire quelques concerts supplémentaires, mais nous ne nous mettons aucune pression : nous saisirons toute opportunité qui nous semblera amusante !

Merci énormément pour ces réponses très complètes, Satan Bouche Un Coin vous souhaite le meilleur pour l’avenir de Miško boba !

English Version :

Hello Paulina and thank you for agreeing to answer our questions.

Miško boba includes you on vocals and Mike on instruments.

You are, if I understood correctly, Lithuanian and he is English, how did you meet and create Miško Boba?

Paulina: Mike and I have been dating a few years before Miško Boba. We are both musical and initially had separate projects – Mike worked on Written in Torment and I was starting in other new bands here and there. We already had some ideas before Covid, but when lockdowns started we leaned more heavily into it as we couldn’t rehearse with other people.

Back then I was playing drums and I had some recordings done on an acoustic kit. Mike decided to use it, chop it all up and write new guitar parts for it – this is how “Ateik Pas Mane” was born, although back then it was self-titled as Miško Boba and we got this very first version on a Wulfhere Productions compilation released on Bandcamp in November 2020.

Where does the band record and play live?

Paulina: There was a lot of experimentation at the start of the project. Mike decided to pick up drums again and eventually surpassed my ability. We initially hoped to record it all at home, somewhat limited by our electronic drum kit and Superior Drummer VSTi, however after a few rehearsals with the live line-up Mike insisted on recording live drums at White Rooms rehearsal studio in York. The album might have sounded quite different if he had let me win (and release an earlier project version as it was).

The live line-up consists of Luke Durston and Will Caulfield on guitars and Henry Mahy on bass – all very capable and dedicated musicians. We feel lucky to have found them so quickly.

We played our debut show at Warhorns festival supporting bands such as Arkham Witch and Hecate Enthroned. We have also since played in York and Leeds.

It would be amazing to play in Lithuania someday, or anywhere else abroad – hoping this is something we can consider in the future.

What does Miško boba mean? What emotions do you want to convey through your music and visuals?

Paulina: Miško Boba stands for ‘Forest Hag’. The name came quite naturally, I wanted the band to have a feminine name with a slight nod to folk and fairy-tale stories. In my hometown, Druskininkai, I grew up surrounded by forests. There was this house not too far from where I lived called Forest Echo – I was told as a kid that that’s where the witch lives. The house is built on columns and it almost looks like it’s standing on its own feet or is floating. A combination of these memories and stories of the more known Baba Yaga is what inspired the Miško Boba name. I originally wanted to only stick with fairy-tale lyrical topics as well, but as we developed I found that darker historical topics suited this band just as well.

The melodies are very elaborated on this album: guitars, bass, keyboards, what is your process of musical composition and how do you integrate the singing into compositions?

Mike: I am continuously writing music and I generally tend to record sections of music in a “notepad project” in my DAW. I tend to organise this by key and then later on I sit and stitch the various riffs together into an arrangement. I primarily write on a 6-string electric guitar and add the keyboards much later; the backbone of the melody is carried by the guitars and bass.

My preference with song-writing is to attempt to be diverse in terms of both scales and time signature. I find a lot of metal bands are seemingly fixated with power chords and 4/4 which I personally think gets old fast. I also tend to eschew a traditional verse/chorus style song structure in favour of a more classical inspired approach ala variations on a theme.

Paulina how did you get into saturated vocals? Do you have any singers who inspire you?

Paulina: I have never attempted to do vocals before Miško Boba. Mike taught me everything I know and I remember the first takes like it was yesterday – fuelled by a lot of wine for courage. I don’t try to imitate anybody but instead I am trying to do what feels comfortable for me. When asked how I make such sounds, I usually reply with ‘well, I am married to the drummer, so I am used to shouting’.

You covered a song by Unanimated (Swedish melodic black/death band), what are your favourite bands and main musical influences?

Paulina: Unanimated are definitely one of my favourite bands ever. I am very much into my melodic Swedish scene – Sacramentum, Vinterland and similar.

Mike: My influences are quite varied, metal bands that I feel most inspired by are Bal-Sagoth, Emperor. Beyond the metal, Mozart and film scores. Nowadays I spend more time writing my own music than listening to other musicians.

The pieces Ateik Pas Mane, Požemio Karalystė Jums, Dievų Ugnis relate to tales and legends, while Miško Broliai, Gedulas ir Viltis, Karaliaus Paleistuvė. refer to the history of Lithuania.

Do you consider that the tales have a metaphorical dimension that can relate to the history of Lithuania? Are they a fun way to approach serious topics?

Paulina: When I started writing lyrics for the first song “Ateik Pas Mane”, it was all quite superficial: witches, forest, death. Sorted! However, you can’t really tackle the same topics again for the next few songs – so my question to myself was: what else is there to talk about? It seems there’s a lot. I actually got to learn some Lithuanian history myself while trying to write lyrics, some of it I used for lyrics, some of it maybe I’ll get to use in the future. The darkness in real life is sometimes much scarier than witches in the forest.

“Požemio Karalystė Jums” was written much later – that’s when I decided to return to the tales on a more sarcastic note. It’s inspired by the Hill of Witches, a park in Lithuania that houses wood carvings of witches and devils. What do the devils do there at night? Surely march evil people to death and have a blast doing it.

I think that in the end we found a good combination of serious material and lighter, more generic lyrics. Even the more serious songs are quite vague in some cases, and you either have to really know what it’s about or you can just enjoy it as it is, without digging too much into it.

In your opinion, are the historical facts linked to the resistance against Russia and the deportation of part of the population to Siberia (between 1944 and 1956) founding elements of Lithuania’s identity?

Paulina: I believe that Lithuania struggled to establish its identity for the longest time. I still get asked if Lithuania is in Russia, if we speak Russian and what our language sounds and looks like. Perhaps unwarranted, but we always feel like we have to prove something. We have a very long history with the Russian Empire/Soviet Union. From an early age we were told how our books and language were banned, how partisans were fighting occupiers in the forests, how people were taken away if they spoke against it. We are a small country, often falling between the cracks of a much larger picture in play, we were also not the only country affected by the turmoils of wars. However, shaped by our history, we came to be the nation quite proud of our culture, language, music and nature – hoping the people around the world get to finally experience and appreciate it too.

In particular, do you think that suffering is a part of the soul of the country? How is it expressed in your music?

Paulina: Everyone experiences some type of suffering, whether it’s personal or nation-wide. Something that is so personal and can be put into music, will likely produce the best results. You put your time, heart and soul into it and sometimes it can bring you or your listener to tears and if you succeed in the latter I think you have achieved something.

What does the historical figure of Barbora Radvilaitė represent for you? Why did you choose it for the final piece?

Paulina: I have been fascinated by Barbora Radvilaitė since I was a child. It’s such a sad love story, almost like a Lithuanian-Polish Romeo and Juliet. Since the beginning of the project, I wanted to write some lyrics about it. I also thought that the topic very much works with the whole ‘witch’ theme. Bona Sforza, the mother-in-law, thought that Barbora was a witch that enchanted her son, and Bona herself was rumoured to have poisoned her daughter-in-law (however it’s now known that Barbora had cancer). The song sounds like a dialog between Bona (growls) and Barbora (singing), but they are not really talking to each other – they are talking to the king.

This last song had the cleanest vocals, I loved the melodies and Mike even wrote a more pompous non-metal version of it which we ended up leaving out but used the keyboards for a perfect outro, hence cementing it as the last track.

How is the Metal Extreme scene in England?

Paulina: It’s alive and booming! I personally was happy to see that so many women are involved in metal today. At our gig in York with Kryptess and Hellfekted, every band had a female member and that was very inspiring. People are generally very positive and eager to organise events, attend and support local bands.

Has it been difficult to find live musicians and are you planning a lot of live performances? Including abroad?

Paulina: We honestly thought it would be hard, but it wasn’t. It’s usually really tough to find a drummer but Mike luckily volunteered to do it. The rest of the guys came about pretty quickly and we were in rehearsal space before we knew it.

We are looking to do a few more shows for sure, we are not under any pressure and will go for whatever seems like a fun opportunity.

Thanx you so much for answering our questions and we wish you the best for the future of Miško boba !

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