L’homme qui aimait trop les livres d’Allison Hoover Bartlett

Allison Hoover Bartlett est journaliste pour le New York Times et le San Francisco Chronicle Magazine. C’est en triant les affaires de son père, décédé quelque temps plus tôt, qu’elle découvre un livre ancien, vieux de près de 400 ans.

Le Kräutterbuch, écrit par Hieronimus Bock, botaniste et médecin allemand du XVIe siècle, est un herbier magnifiquement illustré. Sa couverture en chêne, recouverte de cuir de porc, attire immédiatement le regard. Parfaitement conservé, l’objet fascine : on le regarde, on le touche, on l’effeuille.

Très vite, Allison remarque un cachet de bibliothèque apposé sur l’une des premières pages et en déduit qu’il s’agit sans doute d’un exemplaire emprunté et jamais rendu.

Elle décide alors de contacter la bibliothèque, qui lui répond ne pas avoir ce livre référencé dans ses registres. Comme ceux-ci ne sont mis à jour que tous les dix ans, il est possible que l’ouvrage ait été en la possession de son père depuis longtemps déjà. La voilà donc, sans l’avoir cherché, dépositaire d’un objet de grande valeur.

En poursuivant ses recherches auprès de libraires spécialisés dans les livres anciens, elle rencontre Ken Sanders. Libraire reconnu, il est devenu détective malgré lui à la suite de vols d’ouvrages de grande valeur. Il lui raconte alors la traque qu’il a menée pour retrouver John Gilkey, un collectionneur ayant dérobé pour plus de 200 000 dollars de livres anciens, écumant salons et librairies américaines pour alimenter sa bibliothèque personnelle.

Allison Hoover Bartlett raconte dans ce livre cette histoire singulière, celle d’un homme qui aimait trop les livres. Présenté comme un reportage, l’ouvrage se lit pourtant comme un véritable récit d’enquête : la traque devient peu à peu captivante, presque addictive, et l’on tourne les pages avec la même avidité que celui qui collectionnait ces ouvrages.

Tout cela pourrait paraître rocambolesque. Pourtant, qui n’a jamais rêvé d’une bibliothèque remplie de beaux livres, ou simplement de ceux qu’il aime ? Qui n’a jamais caressé une couverture, effleuré des pages pour en sentir les aspérités, observé une tranche, humé le parfum du cuir ou celui des années imprégnées dans le papier ?

Les livres plus récents n’ont plus tout à fait le même aspect, mais ils continuent d’habiter nos bibliothèques. La mienne est déjà bien remplie. Je manque de place pour les ranger, mais je ne peux me résoudre à ne pas en racheter. Je n’arrive pas non plus à m’en séparer : parce que j’aime en relire certains, bien sûr, mais aussi parce qu’ils m’ont accompagnée à des moments précis de ma vie. Me défaire de l’un d’eux me donnerait l’impression d’effacer un fragment de ce que j’ai vécu en leur compagnie.

Cet attachement aux livres, qu’ils soient anciens, somptueux, récents ou plus ordinaires, est peut-être ce que cette histoire raconte le mieux. Mais il rappelle aussi, en filigrane, jusqu’où peut mener cet amour des livres — parfois jusqu’à l’obsession.

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