Chronique et interview de Myriam Chazalon

Tu sais Sbuquienne, Sbuquien, que je mets un point d’honneur à te dégoter des petites pépites originales.
Le roman dont je vais te parler l’est, incontestablement. Oh, je vois que tu lèves ton sourcil… Vraiment ? Oui, vraiment.
Original d’abord, parce que ce livre est sorti à l’auto-edition « Les Antra-Siths ». Ça annonce la couleur : les âmes grises qui rencontrent la tolérance, l’empire de notre bon sens qui est contre-attaqué, Han qui se la joue maintenant en Solo ! Ce roman policier régional déjanté surfe, en effet, sur les ambivalences : l’immoralité côtoie la religion, le droit chemin se perd dans les sentiers sombres…Ici dans cette province de France, ne te fie pas aux apparences de calme et de tranquillité : à l’ouest, il y a du nouveau !!
Original ensuite, parce qu’il a été écrit à quatre mains dont deux ne peuvent plus, aujourd’hui, laisser sur les feuilles blanches, d’autres mots…
Original encore, parce que tu pourras y lire une fiction dans laquelle vont se glisser des moments autobiographiques…
Original aussi, par la façon dont j’ai entendu parler de cet ouvrage…
Ta curiosité est piquée, n’est-ce pas ? Sois patiente Lectrice, ne piaffe pas, Lecteur, toi drôle d’oiseau avide de potins ! On en parlera tout à l’heure, avec mon invité secret.
Tu vois, quand je te dis que ce polar est singulier, tu peux me faire confiance, tu me connais maintenant quand-même !
L’histoire ? L’atmosphère ? Les personnages ? Tout est sombre, inquiétant, sordide, glauque : sur Netflix, tu aurais, en haut à gauche de ton écran « déconseillé aux moins de 16 ans : drogue, violence, sexe ».
Oui, certaines scènes peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs. Le meurtre déjà, ignominieux, véritable mascarade de messe noire… Les personnages ensuite : imparfaits, fourbes, méchants, hypocrites… Entre un curé pervers, une victime bien sous tous rapports (oh oui, sous toutes sortes de rapports d’ailleurs), un jeune toxico dont le comportement auto destructeur le désigne comme le coupable idéal…. Des (in)-humains, anti-héros, dont aucun n’a le beau rôle. J’ai retrouvé ici des réminiscences des losers caractériels chers à Thomas Ponté : ceux qui gâchent leur vie et celles des autres par pure turpitude ou juste par bêtise.
L’ambiance malaisante qui règne dans ce roman, est renforcée par les styles d’écritures diamétralement opposés des deux auteurs : un certain malaise à la lecture mais qui est, en même temps, salvateur. Encore cette ambivalence !! Les écrits de l’un sont un cri, comme un jet d’acide qui a besoin de quitter un corps meurtri. Ses mots sont comme vomis dans la souffrance… C’est écorché, irréfléchi, destructeur et…. terriblement authentique. Les écrits de l’autre sont posés, pondérés, comme pour reposer le lecteur de tout ce chaos. L’un crée ton cauchemar, l’autre te réveille. L’un te traîne dans les tréfonds de l’âme humaine dans ce qu’elle peut avoir de plus pervers, l’autre te ramène dans ta petite zone de confort. L’un te blesse, l’autre te soigne. Oui, l’un repose ton esprit des atrocités que l’autre y a placé. C’est bien là le principal atout de cette double écriture.
Oui !!! Tu sais qu’il va arriver quelque chose d’abominable, de visqueux, de répugnant. Tu ne sais pas quoi, tu ne sais pas quand, tu ne sais pas comment… Mais ça va arriver, oh oui, et tu espères que ce ne sera pas si terrible, hein ! Bon pas un conte de Noël avec licorne, paillettes, cris de joie et bonheur, ça tu t’en doute bien sûr… Mais pas horrible quand-même, hein ! Tu veux que je te rassure, que je te dise que l’être humain n’est pas si mauvais, pas si perverti ! Que je te dise qu’il y a un espoir, une infime lueur au fond du tunnel … Eh ! C’est pas marqué Disney ici ! Là, Blanche Neige fouetterait plutôt Atchoum, pendant que, dans un coin Grincheux serait attaché, baillonné par une boule de latex ! Là, la Belle et le Clochard partageaient un bad trip au fond d’une ruelle ! Là, Cruella d’enfer serait déchiquetée par les Dalmatiens.
C’est plutôt quelque part entre l’esprit affûté de Gaspard Noé et l’absurde singularité de Quentin Dupieux qui sont passés tous deux maîtres dans l’art de s’amuser avec les méandres de l’imagination débordante de nos petits cerveaux. Ils les triturent, jouent aux dés avec nos neurones, spéculent avec nos fragiles synapses.
Si, malgré tout, tu as comme une envie de te frotter à ces 198 pages alors, prends ton courage à quatre mains (il va bien falloir ça pour le bouger ton courage, ajoute même tes pieds tiens, ils ne seront pas de trop !), et viens, viens cavaler avec le Schlag !
Et si ton courage ne t’a pas quitté, tu peux aussi lire les quelques pages qui suivent : les Anthologies Vagabondes de FloVass, courts -lettrages et dessins hallucinés, moments d’une courte vie, d’une personnalité abîmée. Je ne te dirais rien sur ce chapitre. Je te laisse ressentir. Un conseil cependant, quand tu sortiras de là, confronte-toi à de belles choses, offre-toi quelque chose qui te rendra heureux, sors, vis, ris, prends soin de toi et des tiens !! Pour conjurer le sort…
Voici l’échange que j’ai eu avec un des auteurs de Schlag en cavale : PH. Vender. L’autre auteur FloVass est décédé l’année dernière.
Bonjour Philippe,
Avant de rentrer dans le Schlag tête baissée, j’aimerais te poser quelques questions d’ordre plus général si cela te convient, pour que les lectrices et lecteurs de SBUC apprennent à te connaître…
Mais ne t’inquiète pas, je ne mords pas, du moins pas si on ne m’y autorise pas.
Excuse-moi, Philippe, je dois ici faire un aparté car j’en vois déjà certains qui arborent leur petit sourire en coin ! Et bien quoi, Lectrice, Lecteur, je sais très bien ce que tu vas dire…. et tu as raison : je n’ai pas pu m’en empêcher.
Voilà, c’est dit, j’espère qu’ils vont nous laisser un peu d’intimité maintenant.
Tout d’abord, j’aimerais savoir comment a débuté ton histoire avec l’écriture.
Ph. V : À 14 ans en lisant le dernier des Mohicans. Très vite je me suis mis à écrire des récits d’aventures, des westerns et vers 19 ans j’écrivais régulièrement des récits trash et ou érotiques.
Tu as donc commencé très jeune. Des récits totalement inventés ?
Oui. J’étais rêveur.
C’est une belle occupation que celle de rêver. Ça permet de s’évader de son quotidien.
A l’époque, partageais-tu tes écrits ?
Non j’avais mon petit cahier enfermé dans un tiroir.
A partir de 19 ans, certains écrits ne devaient pas être forcément montrés 😊
Le petit jardin secret.
Pourtant, un jeune homme qui aurait partagé ses histoires érotiques, ça pouvait ouvrir quelques… portes. Tu n’y a jamais pensé pour séduire ?
Non car j’avoue très humblement que la femme n’y était pas toujours présentée à son avantage. On appelle ça des fantasmes… inavouables ?
Oh, quel vilain personnage😁 Nous aurons une explication plus tard…
Oui je pense 😊
Mais les lectrices et lecteurs ne seront pas invités. Ils pestent déjà, je les entends😁 Mais je vais faire ma garce et ils n’en sauront pas plus.
Revenons à ton écriture.
Quel est ton premier livre qui a été édité et qu’est-ce qui t’a fait franchir ce pas ?
Mon premier roman édité par un éditeur à compte d’éditeur s’appelle Les profiteurs en 39-45 il est sorti en 2003 j’avais 34 ans. J’aurais préféré qu’il sorte sous le titre de Victor et ses victimes. C’est l’histoire de Victor jeune handicapé homosexuel qui viole de jeunes soldats allemands car il est fasciné par leur uniforme. Ce roman s’est vendu à 2000 exemplaires.
Le roman est aussi une critique au vitriol d’une bourgeoisie collaborationniste.
Ce qui m’a fait franchir le pas, c’est mon métier de biographe à l’époque qui a renforcé mes compétences d’écriture et ma folle imagination a fait le reste.
Oui effectivement, la biographie est un genre à part qui demande beaucoup d’attention, de rigueur et de recherches.
Tu as donc plusieurs cordes à ta plume.
Il faut ici parler, comme je l’ai promis aux lectrices et lecteurs, de notre drôle de rencontre: Je t’ai découvert à travers tes écrits érotiques, car je « t’ai gagné » à un concours.
Actuellement je me consacre beaucoup à la littérature érotique par le biais de nouvelles principalement publiées sur Kindle mais à moyen terme je souhaite me recentrer sur le trash et le fantastique.
C’est une belle idée ! Nous avons échangé de lectrice à auteur et tu m’as parlé de Schlag en cavale, qui est un roman assez particulier parce qu’il a été écrit à 4 mains.
Peux-tu me parler de la génèse de cette. collaboration ?
Après quasiment 15 ans sans écrire sauf très ponctuellement pour des clients, mon instinct imaginatif s’est réveillé en 2019 grâce à un jeune homme de 20 ans, déscolarisé et junky il ne faut pas se mentir. Ce garçon écrivait des poèmes sur les murs et peignait des toiles où il pouvait. Il m’a appris très vite qu’il quittait son domicile familial pour partir plusieurs jours dans la rue. Je lui ai parlé que j’avais autrefois écrit des romans policiers et historiques. Son personnage, sa propre histoire m’ont donné envie d’écrire un polar noir, très noir avec des références ésotériques car ce jeune homme avait sur ce point de très bonnes connaissances.
C’est effectivement très sombre, assez malsain. Le mélange ésotérisme qui surfe sur le satanisme. Tu n’es pas très tendre avec la religion, d’ailleurs.
Tu aimes envoyer valser quelques convenances. La moralité prend un beau coup de pied au cul. Bien fait pour elle d’ailleurs… Elle est si lisse et si triste qu’elle en avait besoin.
Le père Alcide Bouricaud est une merveilleuse manière de tourner en ridicule certains préceptes religieux. Et FloVass du point de vue religieux était encore plus féroce.
As-tu envie de dire quelque chose de plus sur FloVass, avant que nous ne reprenions le fil de cette conversation ?
Schlag en cavale c’est lui en grande partie. Toutes les séquences dans la rue, dans la teuf, son expérience de la prostitution, du trafic de drogue, ce sont les siennes. Pour cela je dirais que Schlag en cavale, c’est 50% de fictif et 50% de réel.
C’est très psychologique et torturé en effet. Pour moi, c’est de la littérature déviante. Mais, dans ma bouche, ce n’est pas du tout péjoratif, bien au contraire.
A l’image d’un des deux auteurs. Moi j’ai davantage été chef d’orchestre de l’intrigue.
C’est ce qui rend ce roman intéressant.
J’assume totalement ce point de vue mais elle est en grande partie issue de faits réels. C’est ce qui devient encore plus dérangeant.
Oui, c’est exactement ça. Pourtant votre écriture est complémentaire. Quand tu interviens, c’est comme si tu mettais une fine couche de baume sur une cicatrice fraîche. Ça permet au lecteur de respirer, de sortir quelques instants du malaise.
Il sait qu’il va y replonger, mais il reprend juste une bouffée. On est dans la fange jusqu’au cou et tu nous maintiens jusque ce qu’il faut la tête hors de la boue.
C’était l’effet recherché, tu fais bien de le souligner, sinon je pense que cela aurait été trop pesant pour le lecteur. Il fallait aussi garder un fil conducteur à l’intrigue et ça FloVass n’aurait pas su faire. Comme tu dis, nous avons été très complémentaires, lui les tripes, le vécu moi ce côté guide et organisateur.
Pour tenir le lecteur en haleine car il y a aussi un vrai suspense.
Oui, bien entendu. C’est un thriller déviant si je puis le caractériser ainsi.
Est- ce que ça a été difficile d’écrire un tel roman ?
Curieusement non, j’étais en connexion avec le coauteur et j’avais toute l’histoire dans la tête. Ce qui a aussi aidé c’est qu’au moment de l’écriture FloVass se trouvait en clinique psy. Donc je n’avais pas à me tracasser où il se trouvait si nous avions à échanger.
Je dirais presque que les 4 mains sont devenues 2, ceci dit nous n’avons décidé de le sortir que 3 ans après la fin de la première mouture. Je ne l’ai pas beaucoup retouché mais nous avions besoin l’un et l’autre de prendre du recul et surtout d’écrire l’épilogue Les anthologies vagabondes
Avez-vous été confrontés à de la censure ?
Non de toute façon en autoédition (je suis le créateur de la collection AntraSiths), l’ouvrage a connu un rayonnement très limité. Cela a pu choquer quelques lecteurs mais il y a bien une mention de vigilance en 4eme de couverture.
Le nom de la collection est particulièrement bien trouvé. Avez-vous l’un et l’autre relu le « produit » fini ? Ou l’avez-vous laissé derrière vous, comme une espèce d’objet expiatoire ?
Je sais que FloVass en a fait une belle diffusion auprès de ses communautés marginales, nous avons pu tisser du lien avec des proches de Zarca qui est une référence en matière de trash littéraire.
On aurait aimé le faire mieux connaître mais sans diffuseur professionnel, cela reste compliqué.
Je comprends et plussoie. Être artiste n’est pas simple. Mais c’est tellement libérateur et enrichissant.
Aurais-tu envie, mon cher Philippe, pour finir cet entretien, de me glisser quelque chose à l’oreille ?
Il faut en profiter car ce n’est pas si souvent que je laisse le dernier mot.
FloVass, je t’aime fortement de là où tu es désormais 🖤🖤🩵.
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