Chronique de Nicolas Ulv Schweitzer

« The Silent Enigma » est un chef d’œuvre contesté. Souvent exclu du podium des 3 meilleurs albums d’Anathema, car nombreux sont ceux à préférer « Eternity », « Alternative 4 » et « Judgment », qui sont incontestablement d’excellente facture également.
Anathema est d’ailleurs sans doute le moins reconnu des « trois de Peaceville », expression faisant référence aux groupes fondateurs du doom/death anglais (avec Paradise Lost et My Dying Bride), qui ont en commun d’être passés par le label Peaceville au début des années 1990. My Dying Bride faisant bien davantage qu’un passage d’ailleurs puisqu’ils y resteront pour leur part l’essentiel de leur carrière.
A cheval entre le doom/death de leurs débuts et un début d’évolution vers le metal/rock atmosphérique lumineux et mystérieux vers lequel le groupe se dirigera ensuite, lorgnant même franchement du côté de Radiohead à partir des années 2000.

« The Silent Enigma » est parfois mal aimé et il y a toutes les raisons de penser que ça ne va pas s’arranger à l’avenir. Pourquoi ?
Hé bien à l’époque où les vidéos se regardent en vitesse accélérée, où certains rêvent de réalité « augmentée », où l’on veut tout, tout de suite, Anathema prend son temps.
Exagérément il est vrai que « The Silent Enigma », c’est plus d’une heure d’écoute et de vraies longueurs dispensables par-ci, par-là. Cela aide à faire ressortir encore davantage les moments de grâce parsemés tout au long de la galette me direz-vous, mais de cela, notre époque s’en moque. Elle ne peut plus le supporter.
Ceux qui choisiront de s’arrêter à ces petits défauts se priveront donc de « Restless Oblivion », avec son introduction belle à pleurer, son riff d’anthologie, son break sublime et le chant écorché de Vincent Cavanagh qui a pris le micro suite au départ de Darren White et qui livre une excellente prestation.

Mais aussi « Shroud Of Frost », avec là encore ce superbe break et ce final en apothéose.
La pure respiration acoustique « Alone » et ce chant féminin qui vous emmène vers les cieux.
Le morceau titre « The Silent Enigma » fait bien entendu parti des moments forts ainsi que le classique incontournable, la cerise sur le gâteau, « A Dying Wish ».
A ce stade, sans doute un peu trop bouleversé, les mots me manquent, alors allez y jeter une oreille. Frissons garantis.
Un album indispensable et mésestimé qui ne sera peut-être jamais réhabilité comme il se doit mais qu’il faut absolument découvrir ou redécouvrir.
Anathema est mort, vive Anathema !
Extrait, « A Dying Wish » :
Autre album conseillé : Eternity
