RIETAS – Torne Valley Black Metal (Français/English)

Chronique de François Kärlek

FRANCAIS

Ah la Finlande ! Magnifique terre où je n’ai jamais posé un pied et dont j’ignore presque tout. J’imagine des fjords, des forêts, des lacs, des rivières, des hivers rigoureux et des étés doux. J’imagine des légendes sur les forces de la nature, sur les esprits malicieux qui peuplent les endroits les plus reculés. Bref, j’imagine mais je n’en sais rien… j’arrête donc de me comporter comme un directeur marketing incompétent qui bullshite ses collaborateurs et vous avoue humblement que le seul truc que je connais un peu de ce pays est son Black MetaL. Alors là oui ! Behexen les trve, Thy Serpent les rois du riff mélo, Gloomy grim les effrayants, Moonsorrow les rêveurs, Oranssi Pazuzu les barjots, Satanic Warmaster les infréquentables, Impaled Nazarene les vilains crados.

Et Rietas… sauf qu’il existe deux Rietas. Un qui fait du Folk metal à chanteuse et celui qui nous concerne et qui fait du …euh… je ne sais pas vraiment.  On va s’aider pour cela du visuel et du nom de l’album.

Le visuel, en noir et blanc, représente une figure drapée dans une robe noire courbée, qui semble en assez mauvaise santé, une sorcière, un spectre, la mort ? Je dirais plutôt une vieille femme, une veuve peut-être, qui va par exemple cueillir des plantes rares avant d’exercer un rituel. J’y vois de la tradition, de l’ésotérisme, et une grande solitude. Elle marche sur une plage, au milieu de cailloux clairsemés et d’herbes sèches. On sent le froid dans ce décor mais aussi une sorte de puissance de la nature, l’infini de l’horizon, le caprice potentiel des éléments. La forme drapée semble humide, elle essuie peut-être une averse, un début d’orage… le temps est sans doute compté avant de trouver un abri. L’ambiance est méphitique, menaçante.

L’album s’appelle Torne Valley Black Metal… J’aime le côté frontal et évident de ce « Black Metal » dans le titre. C’est malin, ça évitera les plaintes d’auditeurs qui s’attendraient à un album de variétoche, ou de folk à chanteuse (au hasard).

Quant à la vallée de Torne, c’est une zone à la frontière Finlande/Suède, en creux, au sud de la Laponie (côté terre), tout au Nord du Golfe de Botnie (côté mer). Comme quoi mon fjord n’était pas tant que ça à côté de la plaque, la région semble sauvage et doit son nom à la rivière Torne. De l’eau, des lacs, peu d’habitants, tous les éléments sont réunis pour lancer l’album (enfin !).

Et là c’est la claque. Douloureuse, irréversible.

Je me suis pris cet album de plein fouet. Je ne sais pas comment ils sont arrivés à ce rendu de basse et batterie mais le duo rythmique est capital pour comprendre cet album. Il est concret et pas seulement sonore, comme des cailloux (ou plutôt des galets ramassés sur la plage de la couverture) qu’on se prendrait dans la tronche, un rendu grumeleux, tellurique, qui me met à vif et me fait vibrer avec lui. Ceux qui commencent à me connaître savent à quel point je suis sensible à l’usage malin de la basse, et en proposant un son proche de Kvist, Rietas, me convainc déjà largement.

Cependant réduire l’album à ses fréquences les plus graves serait une belle idiotie, et dès le premier morceau, cette rythmique incroyable se voit immédiatement secondée par l’autre énorme atout de cet opus : le chant. Possédé, grumeleux, à la frontière du chant diaphonique mongol. Il apporte un atout énorme aux ambiances, occultes, envoûtantes, et donne un sacré relief aux compositions, apportant toute la variété nécessaire aux passages les plus atmos et répétitifs, lorsque les guitares tricotent en boucle.

Le rendu d’ensemble est juste parfait à mes yeux, brut mais intelligible, maîtrisé mais débridé. Le voyage passe tout seul, entre mélodies entêtantes, fulgurances Black Metal, valses malsaines, chants traditionnels de je ne sais quelle inspiration locale aussi guillerette que mélancolique. Il recèle de surprises, de tiroirs, l’intérêt est relancé en permanence.

Pour être franc, cet album m’obsède, car il me violente et me réconforte en même temps. Je suis incapable de l’interrompre une fois lancé. C’est un ensemble, d’une cohérence exemplaire grâce aux ambiances proposées, intrigantes et finement distillées pendant ces 39 minutes où je voudrais me perdre sur cette plage perdue au milieu de nulle part, aussi froide et hostile soit-elle, tant sa triste beauté exalte mes sens.

Je suis dithyrambique et pardonne à cet album toute ses petites imperfections, que je ne pointerai pas. « Torne Valley » c’est la bombe au charme fou dont on se fiche si elle a un léger strabisme ou les pieds plats. La proposition musicale sort puissamment de l’ordinaire et s’avère tellement concrète, palpable, vivante, qu’elle me happe et me fait du bien.

J’attends d’un album qu’il sache me rappeler qu’un excellent Black Metal, au-delà des aspects techniques et des recettes bien appliquées, puise toute sa force dans son âme, dans la mienne en résonance, et arrive à me faire vibrer de manière vertigineuse.

C’est mission accomplie et je suis ravi d’être tombé (par hasard qui plus est) sur mon précieux, mon album indispensable de 2025.

ENGLISH

Ah, Finland! I know a little about this country through its Black Metal. Behexen, the true ones; Thy Serpent, the kings of the melodic riff; Gloomy Grim, the terrifying ones; Moonsorrow, the dreamers; Oranssi Pazuzu, the lunatics; Satanic Warmaster, the unapproachable ones; Impaled Nazarene, the villains.

And Rietas… except there are two Rietas. One that plays Folk Metal with a female vocalist, and the one we’re concerned with, which clearly does something else. We’ll use the album artwork and title to help us figure it out.

The black and white image depicts a figure draped in a flowing black robe, who appears to be in poor health—a witch, a specter, death itself? I would say rather an old woman, perhaps a widow, who is gathering rare plants before performing a ritual. I see tradition, esotericism, and profound solitude. She walks on a beach, amidst scattered pebbles and dry grass. One senses the cold in this setting, but also a kind of raw power, the infinite horizon, the potential whims of the elements. The draped form seems damp; perhaps she is wiping away a downpour, the beginnings of a storm… time is surely running out before she finds shelter. The atmosphere is fetid, menacing.

The album is called Torne Valley Black Metal… I like the direct and obvious « Black Metal » in the title. It’s clever; it’ll avoid complaints from listeners expecting a pop album, or a folk album with a female singer (just a guess).

As for the Torne Valley, it’s a hollowed-out area on the Finnish/Swedish border, south of Lapland (on the land side), at the northern tip of the Gulf of Bothnia (on the sea side). The region seems wild and takes its name from the Torne River. Water, lakes, few inhabitants—all the elements are there to launch the album (finally!).

And then it hits you. Painful, irreversible.

This album hit me like a ton of bricks. I don’t know how they achieved this bass and drum sound, but the rhythm section is crucial to understand this album. It’s tangible, not just sonic, like pebbles (or rather, stones picked up from the beach on the cover) hitting you in the face—a raw, earthy texture that leaves me feeling raw and resonates deeply. Those who know me well know how much I appreciate the clever use of bass, and by offering a sound reminiscent of Kvist, Rietas has already won the game for me.

However, reducing the album to its lowest frequencies would be a huge mistake, and from the very first track, this incredible rhythm section is immediately complemented by the other major strength of this opus: the vocals. Possessed, raw, bordering on Mongolian throat singing, they bring enormous depth to the occult, captivating atmospheres and add considerable dimension to the compositions, providing all the necessary variety to the most atmospheric and repetitive passages, where the guitars loop endlessly.

The overall result is simply perfect in my eyes: raw yet intelligible, controlled yet unrestrained. The journey flows effortlessly, between catchy melodies, bursts of Black Metal, unsettling waltzes, and traditional chants of some unknown local inspiration, as cheerful as they are melancholic. It’s full of surprises and hidden depths, constantly renewing the listener’s interest.

To be honest, this album obsesses me, because it both assaults and comforts me. I can’t stop listening once It starts. It’s a cohesive whole, thanks to the intriguing and subtly distilled atmospheres it creates during these 39 minutes. I long to lose myself on this deserted beach in the middle of nowhere, however cold and hostile it may be, so intense is its somber beauty.

I’m effusive in my praise and forgive this album all its minor imperfections, which I won’t even mention. « Torne Valley » is a bombastic record with irresistible charm. The musical offering is powerfully out of the ordinary and so concrete, tangible, and alive that it captivates me.

I expect an album to remind me that excellent Black Metal, beyond technical aspects and well-executed formulas, draws all its strength from its soul, and manages to thrill me in a breathtaking way.

Mission accomplished, and I’m delighted to have stumbled on this Torne Valley, essential album of 2025.

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