Chronique et interview par Julien Schmitt Laroche

4ème de couverture :
Voici le troisième volet de la série de Pierre Avril, le Scribe du Rock, autour du Black Metal. Ce troisième volume est centré sur les scènes post-Black Metal et Black avant-gardiste. Peut-on toujours parler de Black Metal avec ces scènes et des groupes comme Liturgy, Deafheaven ou Alcest qui brouillent les frontières et intègrent beaucoup d’influences non-metal dans leur musique ? Cassant les codes et convenances du Black Metal des années 90, le post-Black Metal et le Black avant-gardiste repoussent les limites du genre, le questionnent et parfois le tournent en dérision. Si des groupes comme Sigh, Dodheimsgard, Mora Prokasa, White Ward, Les Discrets, Der Weg Einer Freiheit… vous parlent et vous touchent, alors, ce livre est fait pour vous !
Jeff Grimal a réalisé une série d’illustrations en noir et blanc pour ce livre. Deux posters accompagneront les livres précommandés.
Ce livre a été préfacé par Christelle Weber et Gérald Milani.
Je comprends les journalistes ou les fans qui veulent à tout prix catégoriser, dénommer et ranger les groupes dans des cases car j’en fais partie moi aussi mais avec recul je me demande s’il est possible d’en faire autant pour le Black Metal.
Je m’explique, le Black Metal, et en particulier la seconde vague, se veut être une musique qui s’affranchit des codes et se perçoit plus comme un état d’esprit que comme un genre avec des codes immuables. Pour preuve les pionniers de cette seconde vague Darkthrone, Mayhem, Emperor ou encore Burzum ont, musicalement, bien plus de différences que de points communs et pourtant personne ne peut prétendre qu’aucun de ces groupes ne faisait du Black Metal. Mais voilà, certain ont cristallisé cette première vague de la deuxième vague et l’ont codifiée pour y voir le TRVE BLACK METAL.
Alors il n’est pas question ici de faire changer cela ni d’entrer dans un débat stérile pour savoir qui est « true » ou qui ne l’est pas, mais de parler du très bon livre de Pierre AVRIL qui se concentre cette fois sur le Post Black Metal et le Black Metal avant-gardiste.
C’est dans ces styles parfois clivants que perdurent, selon moi, une partie de l’âme du Black Metal. En effet, qu’y a-t-il de plus Black Metal dans l’esprit que d’aller encore plus loin et de chercher à se dépasser continuellement ?
Découpé en deux parties distinctes, la première sur le Post Black Metal et la deuxième sur le Black Metal avant-gardiste, ce troisième tome est certes plus court que les deux précédents mais il n’en reste pas moins une mine d’informations.
Cette fois encore, les illustrations ont été confiées à un artiste de talent en la personne de Jeff GRIMAL qui nous propose sa vision de ces artistes et de ces styles au travers de ces magnifiques planches et véritables œuvres d’art.

Si vous aimez certains groupes comme les Français d’Alcest, les Américains de Deafheaven ou encore les Norvégiens d’Ulver, ce livre vous plaira sans aucun doute et vous fera même découvrir quelques pépites qui auraient pu vous échapper.
Et si vous n’aimez pas ces groupes ou ces styles, allez tout de même y jeter un œil car les mots des artistes et de l’auteur sont toujours respectueux du style qui nous est cher (le Black Metal) où chacun est empreint d’une volonté de proposer une musique personnelle, intense et sincère. Vous pourriez être surpris et tentés de découvrir de très bons groupes.
J’ai eu la chance également de poser des questions à Pierre AVRIL pour qu’il parle de ce troisième tome et de cette série de livre sur le Black Metal. Je vous laisse découvrir cet entretien et remercie Pierre AVRIL ainsi que les Editions des Flammes Noires pour tout leur travail et leur disponibilité.
Interview Pierre Avril
Pour commencer et pour ceux qui ne te connaîtraient pas, peux-tu te présenter ?
Bonjour à toutes et à tous ! Je suis Pierre Avril, auteur de livres sur le Metal et le Punk. J’ai sorti à ce jour six ouvrages consacrés au sujet, trois aux éditions des Flammes Noires et trois au Camion Blanc. Je suis un passionné de musique et de littérature, ce qui explique que j’en sois arrivé à écrire sur ce sujet. Il faut aussi signaler que j’ai un parcours d’études en sciences humaines et sociale (licence et maîtrise) qui m’a aidé à mettre en place ces différents essais consacrés à la musique.
Peux-tu nous parler de ta première rencontre avec le Black Metal ? De quel groupe ou morceau s’agissait-il et comment as-tu réagi ?
C’est un épisode que je raconte dans le volume 1 de ma série consacrée au Black Metal aux éditions des Flammes Noires. C’était en 1986. Une année faste pour moi, j’avais 14 ans et je venais de découvrir Metallica, Slayer, Venom, Celtic Frost, Anthrax, Megadeth, Iron maiden, Motörhead et des groupes plus Punk comme The Exploited ou GBH. Un jour, je fais un saut dans un magasin de disques ringard de ma Provence. Ce dernier vendait des vinyles pour les dj de boîte de nuit. Par accident je tombe sur un rayon “Hard Rock” et je vois ce disque : une pochette montrant une lune troublée, et ce lettrage gothique que je n’avais jamais vu sur un disque. Je regarde le livret et je vois des démons partout et des paroles encore pires que celles de Venom sur leurs premiers méfaits : je venais de découvrir Bathory et l’album The Return… et je me souviens encore de la terreur/fascination que j’ai ressenti…Ce groupe est devenu pour moi un mythe absolu et la première fois que j’ai entendu ce que l’on n’appelait pas encore dans ma province du Black Metal. Il y avait dans Bathory toute la violence que j’aimais dans le Thrash et le Punk Hardcore et une noirceur que je n’avais trouvé que chez des groupes gothiques comme Christian Death ou Virgin Prunes. “Total Destruction” !!!
Quels sont les groupes qui t’ont le plus marqué ?
A l’époque c’était donc Bathory, Venom et Celtic Frost. Par la suite Darkthrone, Burzum, Mayhem, Emperor, Immortal et bien d’autres, notamment en France, avec Gorgon, Mutiilation, Belkètre. Contrairement à d’autres gars de ma génération je ne suis pas resté “coincé” dans le passé mais j’ai toujours pris plaisir à découvrir de nouveaux groupes et de nouvelles formes de BM, jusqu’aujourd’hui.
Tu as une très grande connaissance dans le domaine du Black Metal, en attestent les trois premiers tomes que tu as écrits, comment l’as-tu acquise et comment te maintiens-tu au courant des nouvelles sorties ?
Je répondrai une banalité : Il faut lire beaucoup (livres, magazines et fanzines, articles sur le web) pour rester à jour sur un courant aussi prolifique. J’ai aussi fait la démarche d’aller vers les groupes et labels, notamment avec mon blog Le Scribe Du Rock, pour mieux les connaître et les faire découvrir. Effectivement aujourd’hui, je me vois comme une sorte d’expert, mais c’est aussi dû à ma passion de l’histoire et donc de la chronologie, ce qui fait que je me passionne pour l’histoire du rock en général, depuis les années 50, avec des points de focales comme le Black Metal. Je crois aussi que le fait que j’écoute beaucoup de genres musicaux différents m’a aidé à mieux appréhender le Black Metal et à suivre ses évolutions sans préjugés (post-black, avant-garde et autres hybridations)

Tu as fait le choix ambitieux de sortir 5 livres sur le Black Metal. As-tu déjà en tête le contenu des prochains à venir (4 et 5) ou juste des idées de thèmes que tu souhaiteras aborder ?
Oui les volumes 4 et 5 sont déjà en grande partie écrits. Il me reste à les mettre à jour et à développer quelques points de détail. Le quatre devrait aborder le DSBM (depressive suicidal Black Metal) et le RABM (Black Metal anarchiste et de gauche). Le cinquième devrait lui être la suite du volume 2 sur le BM français, avec une plongée dans le XXIème siècle…
Comment t’es venue l’idée de ce projet ? Comptes-tu t’arrêter à cette série sur le Black Metal ou envisages-tu de décortiquer d’autres courants musicaux par la suite ?
L’idée m’est venue en me disant, ok, plusieurs livres ont déjà été écrits sur le BM (notamment Dayal Patterson et son “Evolution Of The Cult”) mais je pense avoir ma vision propre en tant que français, et quinquagénaire, ayant connu les prémices de ce genre musical, en ayant suivi toutes les évolutions jusqu’à aujourd’hui. Le plaisir d’écrire et de partager ma passion aussi, bien sûr. J’ai déjà écrit sur d’autres courants musicaux (metal chrétien, punk) et oui j’envisage d’aborder d’autres genres. Je pense qu’après avoir publié mes cinq volumes, ma contribution au Black Metal sera déjà conséquente. Je ne dis pas que je n’écrirais plus jamais sur le BM – on ne dit jamais fontaine je ne boirai plus ton eau – mais je pense que j’aurais envie d’aller fureter ailleurs.
As-tu déjà pensé à écrire de la fiction ?
Non seulement j’y ai pensé mais je l’ai déjà fait. J’ai publié un recueil de poèmes sur Amazon (Misères Automnales) et j’ai coécrit deux romans avec mon épouse Adeline (Les Parasites et L’escalade, tous deux aussi disponibles sur Amazon). Pour tout vous dire, je suis en pleine écriture d’un roman qui devrait contenir une bonne part d’autofiction. En fait j’écris depuis mes 14 ans et je me suis un peu essayé à tout.
Au lieu des éternels clichés et pochettes d’albums vues et revues, tes ouvrages sont illustrés par des artistes de talent ayant un lien avec la scène. Le premier a été illustré par Maxime Taccardi, le deuxième par Von Kowen et le troisième par Jeff Grimal. Est-ce ton idée de choix esthétique et choisis-tu les artistes toi-même ?
Je tiens à remercier mon éditeur Emilien Nohaic car l’idée d’inviter de grands noms du graphisme liés au Black Metal est venue de lui. Il ne conçoit ses livres que richement illustrés, ce qui en fait de beaux objets. Nous nous concertons pour choisir les artistes, et je suis très fier de ces trois collaborations avec des gens que j’admire.
Est-ce toi qui choisis les illustrations présentes, leur fais-tu des demandes d’illustrations particulières ou pioches-tu dans leur catalogue ?
Les illustrations présentes sont toujours en lien avec le contenu. Pour donner un exemple, Jeff Grimal, qui a illustré le troisième volume, a réalisé de magnifiques encres de chine en se basant sur les groupes contenus dans le volume. Il s’agit donc d’illustrations originales et inédites.
As-tu déjà des idées d’artistes pour les prochains volumes ?
Non, pas du tout. Nous prenons un volume après l’autre et chaque livre doit d’abord vivre sa vie avant que nous nous penchions sur le prochain.
As-tu des projets musicaux en activité ?
J’ai fait beaucoup de musique dans le passé – en tant que chanteur dans des groupes/projets et en MAO aussi – mais cet aspect est en pause depuis quelques temps. J’ai participé à l’aventure Cagoule en duo – un mélange d’électro/indus/gothique dans lequel je chantais – et nous avons réalisé deux albums et trois EPs. C’est moi qui y ai mis un terme car j’étais trop occupé par ailleurs. Le seul projet encore vivant est mon projet solo Punkosaur que je mène depuis le début des années 2000 mais je n’ai pas le temps ni vraiment l’envie de le réactiver pour le moment. J’ai aussi eu la chance de chanter sur un titre avec Vord Na Riidr (Bélkètre) une de mes idoles des black legions, ce fut un honneur et un bonheur.

Le Black Metal depuis ses origines a toujours été mu par l’envie d’avancer et d’évoluer. Que penses-tu des appellations « post Black Metal », « Black Metal avant-gardiste » ou « Black Metal progressif » ? Et que penses-tu des groupes qui, au contraire, font le choix de rester sur leurs acquis et de rester fidèles à une image et un style bien arrêté ?
Je le vois aussi comme cela. Comme je le dis dans mon dernier livre, le Black Metal des débuts (première et deuxième vague) était de fait avant-gardiste car chaque groupe voulait marquer le genre de son empreinte propre et se distinguer des autres. C’est une différence assez nette avec le Death Metal par exemple. Néanmoins aujourd’hui, nous avons des groupes “conservateurs” (pas au sens politique forcément) qui veulent perpétuer une certaine idée du genre, figée dans la roche noire des années 90. J’apprécie certains de ces groupes, mais j’avoue être davantage intéressé par des artistes en recherche, toujours sur le pont de la créativité. Ainsi, le post-Black, qui, selon moi, n’est pas du Black Metal mais en contient, est assez passionnant – sauf lorsque certains groupes veulent trop imiter les leaders du genre – et le Black Metal a tellement infusé dans la pop culture qu’en matière d’avant-garde et d’hybridations tout est possible (comme je le démontre dans ce livre avec des mélanges improbables comme le Black Metal trap). Je me languis les prochaines surprises, c’est toujours un bonheur quand vous découvrez des artistes comme Zeal & Ardor, Liturgy ou Oranssi Pazuzu qui brisent les codes.
Dans ton premier livre, tu réhabilites certains groupes décriés et souvent traités de vendus. Pourquoi ne pas avoir pris le parti majoritaire des « trve » et avoir voulu les sortir de la fange ?
Je n’ai jamais été “true”. Déjà dans les 90s, je ne fréquentais que très peu de fans de Black Metal car j’étais très engagé à gauche et la plupart étaient très à droite. C’était compliqué. J’ai choisi de réhabiliter Cradle Of Filth, Dimmu Borgir et Behemoth car ils ont été des portes d’entrées fabuleuses pour plein de jeunes pour découvrir le Black Metal, un peu comme Europe dans les années 80 pour le Hard Rock ou Korn pour le metal moderne. Je n’ai rien contre les artistes mainstream car ce qui m’intéresse c’est la qualité artistique délivrée. Ces trois groupes ont pour moi une œuvre majeure – quand bien même ils aient raté un ou deux albums – et je trouve assez hypocrite de la part de ceux qui les ont vénérés au début de faire comme s’ils ne les avaient jamais écoutés depuis qu’ils ont découvert Darkthrone.
Pour finir, une question que tu poses toi aussi souvent, peux-tu nous donner les dix albums préférés tous styles confondus ?
C’est vrai que c’est une question vache (rires)
Allez, j’essaie :
Pink Floyd “The dark side of the moon”
Bathory “The Return…”
David Bowie “Low”
Darkthrone “Transylvanian Hunger”
Cradle of Filth “Dusk and her Embrace”
Emperor “Anthems to The Welkin At Dusk”
Sex Pistols “Never Mind The Bollocks”
Nirvana “Nevermind”
Korn “Korn”
The Stooges “The Stooges” (1969)
Et en bonus :
Black Sabbath “Black Sabbath”
Et ton top 5 de Post black ou Black Metal avant-gardiste ?
Blut Aus Nord “MORT”
Liturgy “Aesthetica”
Mora Prokaza “By Chance”
Alcest “Kodama”
Deafheaven “Sunbather”
Wouah c’est pas facile, j’en oublie tellement !
Merci pour l’interview en tout cas !
Pierre Avril
Merci à toi et à bientôt pour les tomes 4 et 5.
Vous pouvez retrouver Pierre AVRIL sur son blog Le Scribe du Rock mais aussi sur la radio Raje et ses livres ainsi que d’autres livres consacrés au Metal Extrême sur Editions des Flammes Noires
